L’achat d’un bien immobilier est souvent conditionné par l’obtention d’un prêt bancaire.
Cette « condition suspensive » est une protection essentielle pour l’acquéreur. Mais que se passe-t-il si, après un refus initial, votre situation financière s’améliore de manière significative ?
Devez-vous en informer les banques sollicitées ?
La Cour de cassation a récemment éclairci cette question cruciale, rappelant l’étendue de l’obligation de diligence de l’acheteur.
La condition suspensive d’obtention de prêt : un mécanisme protecteur
Dans le cadre d’une promesse de vente ou d’un compromis de vente, il est fréquent d’insérer une clause dite « condition suspensive d’obtention de prêt ».
Cette clause signifie que la vente ne se réalisera définitivement que si l’acheteur obtient le financement nécessaire dans un délai imparti et selon des caractéristiques définies (montant, durée, taux maximal).
Si le prêt n’est pas obtenu, la promesse est caduque, et l’acheteur récupère son dépôt de garantie.
Cependant, ce mécanisme n’est pas sans contrepartie. L’acquéreur a une obligation de faire toutes les diligences nécessaires pour obtenir ce prêt. L’article 1304-3, alinéa 1er, du Code civil est clair : « La condition suspensive est réputée accomplie si celui qui y avait intérêt en a empêché l’accomplissement. »
Autrement dit, si l’acheteur fait obstacle à la réalisation de la condition, il pourrait être considéré comme responsable et perdre son dépôt de garantie.
L’obligation de diligence de l’acquéreur
Les faits : une promesse de vente et une situation qui évolue
L’affaire portée devant la Cour de cassation, tranchée le 28 mai 2026 (n° 24-17.991), illustre parfaitement l’importance de cette diligence.
En l’espèce, la venderesse avait signé, en avril 2020, une promesse de vente avec un couple d’acquéreurs pour un appartement, avec une condition suspensive d’obtention de prêt.
Un avenant avait même prorogé le délai de réalisation de cette condition jusqu’au 10 août 2020.
Au cours de ce délai prorogé, la situation financière de l’épouse acquéreure avait connu une évolution très favorable : elle avait obtenu un contrat de travail à durée indéterminée et avait bénéficié d’une donation de la moitié indivise de la nue-propriété d’un bien immobilier d’une valeur significative de 380 000 euros.
Malgré ces éléments substantiels, les acquéreurs n’avaient pas obtenu de prêt et la vente n’avait pas pu se réaliser.
La venderesse a alors assigné les acquéreurs, estimant qu’ils avaient manqué à leurs obligations en n’effectuant pas toutes les diligences nécessaires pour obtenir un prêt et demandant l’attribution du dépôt de garantie.
La décision de la Cour d’appel de Basse-Terre
La Cour d’appel de Basse-Terre avait ordonné la restitution du dépôt de garantie aux acquéreurs.
Elle avait estimé que, bien qu’ils n’aient pas réitéré leur demande de financement auprès de la Caisse d’épargne (la banque initialement sollicitée et désignée dans la promesse) en faisant état de l’évolution favorable de leur situation, cela importait peu.
Les juges d’appel avaient en effet relevé que les acquéreurs avaient tenté d’obtenir un prêt auprès d’autres établissements bancaires, sans succès.
La position de la Cour de cassation : l’obligation d’informer est primordiale
La venderesse a formé un pourvoi en cassation, reprochant à la cour d’appel d’avoir violé l’article 1304-3 du Code civil. Elle soutenait que les acquéreurs n’avaient pas fait toutes les diligences nécessaires.
La Cour de cassation lui a donné raison.
Dans son arrêt du 28 mai 2026, elle a cassé la décision de la cour d’appel.
La Cour a jugé que la cour d’appel n’avait pas donné de base légale à sa décision, car elle n’avait pas recherché si les acquéreurs avaient fait état de cet élément nouveau, l’évolution favorable de la situation financière, auprès des organismes bancaires qu’ils avaient sollicités.
En d’autres termes, pour la Cour de cassation, il ne suffit pas de multiplier les demandes auprès de différentes banques.
Si la situation financière de l’acquéreur s’améliore de manière significative après un premier refus ou pendant le délai de la condition suspensive, il a l’obligation d’en informer les banques sollicitées.
Cette omission de partager des informations potentiellement décisives pour l’octroi d’un prêt peut être interprétée comme un manquement à l’obligation de diligence et, par conséquent, comme un empêchement à l’accomplissement de la condition suspensive.
Ce qu’il faut retenir pour votre projet immobilier
– En tant qu’acquéreur, vous devez activement tout mettre en œuvre pour obtenir le prêt. Cela ne se limite pas à déposer une demande conforme aux caractéristiques du compromis ou de la promesse de vente.
– Si votre situation financière s’améliore de manière substantielle (obtention d’un CDI, apport personnel supplémentaire, donation, etc.) après un refus de prêt ou pendant le délai de la condition suspensive, vous avez le devoir d’en informer les établissements bancaires que vous sollicitez. Ce point est ici crucial.
– Si la vente ne se réalise pas en raison d’un manquement à cette obligation d’information, la condition suspensive pourrait être réputée accomplie par votre fait. Vous risquez alors de perdre le dépôt de garantie versé au vendeur.
Cette décision rappelle que la bonne foi et la diligence sont des principes fondamentaux dans les transactions immobilières.
L’acquéreur doit être diligent pour que la condition suspensive puisse jouer pleinement son rôle protecteur, sans devenir un moyen de se dérober à ses engagements.
En cas d’incertitude sur une clause contractuelle dans un avant-contrat de vente (promesse ou compromis), consultez votre avocat.
Maître François BESNARD
Avocat au barreau de Paris
SCP D’AVOCATS BOUYEURE BAUDOUIN & ASSOCIES
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